Chemisier roumain – Henri Matisse

Chemisier roumain   Henri Matisse

Ce tableau a été peint à l’automne 1940 à Nice, où Matisse a quitté Paris occupé par les Allemands. Il illustre la transition de l’artiste vers un style d’écriture simplifié. La figure féminine est si proche du spectateur que sa tête et sa jupe sont partiellement coupées par le cadre. L’image composite est située dans un seul plan. L’artiste souligne cela avec une netteté, sans couleur en demi-teinte, des lignes noires lisses de contours et l’emplacement du motif de broderie.

Un effet décoratif spécial est créé en raison de la palette audacieuse, qui comprend des peintures rouges,

roses, bleues et dorées pures. Le processus de création de certains de ses tableaux Matisse capturés en photographies, permettant de suivre sa recherche minutieuse de la “dernière” composition. Travaillant sur le “chemisier roumain”, l’artiste s’est efforcé de simplifier la forme et de lui donner plus de monumentalité.

Il y a 15 photographies de la “blouse roumaine” à différents stades de sa “naissance”. À la première étape du travail, Matisse a représenté son héroïne assise sur une chaise. La blouse roumaine richement brodée “joue” avec un fond coloré, écrit comme papier peint, décoré de motifs floraux. A la deuxième étape, la figure a conservé sa position – sur la diagonale de la toile – mais maintenant l’artiste est plus occupé par la “rime” de la magnifique manche de la blouse et le dossier incurvé de la chaise. Le motif de papier peint devient ici plus simple et plus grand. Au troisième stade, la forme du coude et des paumes repliées de la fille change, simplifiant à nouveau et, pour ainsi dire, se précipitant en forme de cercle. La chaise et le papier peint sont toujours présents ici, mais déjà dans la quatrième étape, Matisse fait une modernisation compositionnelle nette de l’image. La chaise et le papier peint disparaissent. Un motif de broderie clair sur le chemisier est conservé, mais la figure de l’héroïne, légèrement redressée et “grandissant” devant ses yeux, remplit presque tout l’espace de l’image et dans son ensemble prend une forme de cœur particulière. La tête de la jeune fille est partiellement coupée par le bord supérieur de la toile.

Le chemisier roumain est une œuvre très révélatrice pour Matisse. Il vaut la peine de considérer ce qui s’est passé en 1940, lors de sa création, dans le monde et ce qui est représenté sur l’image. Il semble que Matisse ne remarque pas les terribles “ruptures” qui ont déformé le monde moderne. Oui, donc, probablement, en gros. Matisse est une utopiste cohérente. Il vivait comme sur une planète “différente”. Et il nous a tous appelés à suivre son exemple, car alors “l’autre” planète Matisse deviendrait “la nôtre”. C’est devenu une réalité.

Nous avons considéré qu’il était possible d’apporter ici quelques réflexions de l’artiste sur l’art. Il nous semble que le meilleur commentaire sur le chef-d’œuvre présenté est introuvable. Alors. L’expressivité, de mon point de vue, ne consiste pas en des passions brûlantes sur un visage humain ou exprimées en mouvements violents. Toute la composition de mon tableau est expressive: l’espace occupé par les figures, les espaces vides autour, les proportions – tout joue un rôle. La composition est l’art de disposer dans l’un ou l’autre ordre décoratif les différentes composantes de l’ensemble afin d’exprimer les sentiments de l’artiste.

Dans l’image, chaque partie est perceptible, et chacune joue le rôle qui lui est destiné, qu’il s’agisse d’un rôle clé ou secondaire. Il s’ensuit que tout ce qui ne joue pas un rôle utile dans l’image est nuisible. Je ne peux pas copier servilement la nature. Je suis obligé d’interpréter la nature et de la subordonner à l’esprit de ma photo. Les relations trouvées entre les tons devraient conduire à une harmonie vivante des tons, à une harmonie semblable à une composition musicale. Ce qui m’intéresse le plus, ce n’est pas une nature morte ou un paysage, mais une figure humaine. Surtout, cela me donne l’occasion d’exprimer mon culte presque religieux de la vie. Je n’essaie pas de saisir tous les détails du visage, et je n’ai pas à les transmettre avec une certitude anatomique. Ce dont je rêve, c’est l’art de l’équilibre, de la pureté et de la sérénité, dans lequel il n’y aurait rien d’inquiétant déprimant ou inspirant.

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